Holding, assurance-vie luxembourgeoise, donations, crédit lombard : la grille de lecture complète d'un CGP pour structurer et transmettre 10 millions après une cession d'entreprise.
Tu as monté ta société à 27 ou 28 ans. Tu l'as fait grandir pendant une douzaine d'années. Le scale-up s'est emballé, un fonds est venu te voir, tu as cédé.
Aujourd'hui tu as 41 ans, trois enfants encore jeunes, une femme, et environ 10 millions d'euros qui sont là sans projet précis. Une partie dans ta holding. Une autre qui a remonté en personnel après l'opération. Et autour de toi, plein de gens qui ont un avis.
Ton banquier privé t'a envoyé trois propositions en deux semaines. Ton expert-comptable t'a dit "on en reparle calmement quand tu seras posé". Ton notaire t'a expliqué qu'il fallait faire des donations "tant que les enfants sont encore mineurs". Et ton ancien associé, qui a vendu six mois avant toi, te conseille la même banque privée que lui parce que "c'est correct, ils gèrent bien".
Tu sens bien qu'aucun de ces signaux ne dessine une stratégie. Juste une suite de propositions.
Cet article est pour toi.
Pas pour te vendre une solution. Pour te poser la grille de lecture qu'utilise un conseiller objectif face à ce type de situation : quelles questions traiter d'abord, dans quel ordre, et quelles erreurs évitent de transformer 10 millions en 6 ou 7 dans 15 ans sans que tu t'en sois rendu compte.
Pourquoi 10 millions à 41 ans, ce n'est pas 10 millions à 60 ans
La différence n'est pas anecdotique. Elle change toute la stratégie.
À 60 ans après cession, tu es proche de la phase de consommation du capital. Ton horizon principal devient le train de vie et la transmission. Tu sécurises plus, tu prends moins de risques.
À 41 ans, tu as un horizon d'investissement de 30 à 40 ans devant toi. Tes enfants ont entre 5 et 12 ans, donc tu as 15 à 20 ans pour organiser proprement la transmission. Tu as encore l'énergie de monter un nouveau projet, voire deux. Tes besoins de revenus du capital sont faibles ou nuls dans l'immédiat, parce que tu peux aussi être tenté de réinvestir ton temps dans une nouvelle aventure.
Ça change radicalement trois choses.
L'allocation du portefeuille. Pas la même prise de risque qu'un cédant de 60 ans. Tu peux te permettre une vraie poche action long terme, parce que tu n'as pas besoin de vendre dans les 10 prochaines années.
La transmission. Tu n'es pas en train de "préparer la succession" au sens classique. Tu es en train de lancer un cycle de transmission progressif sur 20 ans, où chaque décision se prend en pensant aux abattements qui se renouvellent (tous les 15 ans pour les donations), à la fiscalité future, et au fait que tes enfants seront majeurs et autonomes dans la deuxième moitié de cette période.
Le risque de relâchement. À 41 ans avec 10 millions, le piège n'est pas de manquer d'argent. C'est de relâcher la pression et de laisser dormir le patrimoine pendant 5 ans en se disant qu'on a le temps. C'est précisément ces 5 années perdues qui coûtent le plus cher.
À 41 ans avec un patrimoine comme celui-là, le coût d'opportunité d'une stratégie médiocre se chiffre en millions. Pas en pourcentage. En millions.
Le cas de Jérémie : 41 ans, photovoltaïque B2B, cession à un fonds d'infrastructure
Pour rendre tout ça concret, prenons un profil représentatif (anonymisé, chiffres arrondis).
Jérémie a 41 ans. Marié à Camille, sous régime de la séparation de biens. Trois enfants : Lou (11 ans), Noé (8 ans), Augustin (5 ans).
À 28 ans, Jérémie cofonde avec un associé une boîte qui installe des centrales photovoltaïques pour industriels et exploitations agricoles. Marché compliqué au début, puis la vague de transition énergétique passe par là. La société grandit rapidement : 7 agences, plus de 100 collaborateurs, 25 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025.
Un fonds d'infrastructure spécialisé dans les énergies renouvelables manifeste son intérêt fin 2025. Plusieurs mois de process, due diligence, négociation. Closing début 2026.
Après remboursement de la dette résiduelle, frais de cession, fiscalité interne et part de l'associé, environ 12 millions d'euros restent disponibles dans la holding de Jérémie, plus environ 800 000 € qui ont remonté en personnel via une rémunération exceptionnelle préparée en amont de la cession.
Jérémie n'a pas de projet immédiat de réinvestissement. Il veut prendre 12 à 18 mois pour "voir ce qui lui plaît". Pas de nouvelle boîte planifiée. Pas de projet immobilier dans les cartons.
C'est typiquement le moment où, sans stratégie claire, les décisions s'enchaînent par défaut. Et où on perd le plus d'argent en croyant ne rien faire.
Étape 1 : ne pas tout sortir de la holding par réflexe
Premier réflexe que je vois beaucoup chez les cédants : "je sors l'argent de la holding pour le mettre en personnel, comme ça c'est à moi". C'est presque toujours une mauvaise idée à court terme.
Sortir 10 millions d'euros de la holding vers le patrimoine personnel, ça se paye. En dividendes : 30 % de flat tax minimum, plus la CEHR (contribution exceptionnelle sur les hauts revenus) qui peut grimper jusqu'à 4 % au-delà de certains seuils. On parle, dans le pire cas, de plus de 3 millions de frottement fiscal si tout sort d'un coup.
Donc la holding reste un outil de travail. Mais elle change de nature.
Elle n'est plus une holding de reprise (puisque l'entreprise rachetée a été cédée). Elle n'est plus une holding active animatrice (puisqu'il n'y a plus de filiale opérationnelle à animer). Elle devient une holding patrimoniale familiale : un véhicule pour faire fructifier le capital, accueillir d'éventuels futurs réinvestissements, et préparer la transmission.
Cette qualification compte. Une holding purement patrimoniale ne bénéficie pas des mêmes régimes fiscaux qu'une holding animatrice. Notamment : le pacte Dutreil, qui exonère 75 % de la valeur transmise, ne s'applique pas à une holding patrimoniale "pure" sans activité opérationnelle.
Donc soit Jérémie accepte que sa holding actuelle perde son statut d'animatrice et organise la transmission autrement, soit il reconstruit dans le temps une activité opérationnelle réelle (par exemple en réinvestissant dans une nouvelle boîte qu'il anime, ou dans de l'immobilier d'exploitation actif).
Cette question n'est pas urgente. Mais elle conditionne ce qu'on peut faire dans 5 ans. Si on ne se la pose pas maintenant, on se prive d'options.
Étape 2 : structurer une allocation diversifiée dans la holding
Pour les 10 à 12 millions conservés dans la holding, l'objectif n'est pas de "performer". C'est de construire un portefeuille qui traverse les cycles sans dépendre du timing.
Sur 30 ans, ce qui fait la performance d'un patrimoine, ce n'est pas la sélection des produits. C'est l'allocation, la discipline, et l'absence d'erreurs grossières aux moments critiques.
L'allocation se construit autour de quatre piliers complémentaires.
Les actions, via des ETF diversifiés mondialement. C'est le moteur principal de performance long terme. Multi-zones (États-Unis, Europe, marchés émergents), multi-secteurs. Pas de paris sur tel pays ou telle thématique à la mode. La diversification fait le travail.
Les obligations. Rôle de stabilisateur quand les actions baissent. À ce niveau de patrimoine, accès possible aux obligations d'entreprises de bonne qualité, aux fonds obligataires datés (lisibilité du rendement à maturité), aux obligations souveraines selon le contexte de taux.
Les métaux précieux, principalement l'or. 5 à 10 % de l'allocation. Pas un placement de rendement. Une assurance contre les chocs systémiques, monétaires ou géopolitiques. À 41 ans avec un horizon de 30+ ans, on traversera plusieurs de ces chocs.
Le private equity et les actifs non cotés. Sur un patrimoine de cette taille, accès possible à des fonds de bonne qualité (ticket d'entrée souvent à partir de 100 000 € par millésime). Horizon long, liquidité faible, et c'est précisément pour ça qu'il existe une prime de rendement attendue. Ce n'est jamais le cœur du portefeuille, mais 10 à 15 % font sens à 41 ans avec un horizon long.
À cela s'ajoutent parfois des actifs alternatifs : immobilier non coté via SCPI européennes (pour la fiscalité), foncières cotées, ou dette privée.
Un exemple d'allocation cohérent pour Jérémie, vu son âge et son horizon :
| Classe d'actifs | Pondération |
|---|---|
| Actions monde via ETF | 50 % |
| Obligations (mix qualité et fonds datés) | 20 % |
| Private equity | 12 % |
| Immobilier (SCPI européennes et foncières cotées) | 10 % |
| Métaux précieux (or physique) | 5 % |
| Liquidités tactiques | 3 % |
Cette répartition est un point de départ. Elle s'ajuste selon le profil de risque réel (testé sur cas concrets, pas sur un questionnaire), les besoins anticipés de liquidité, et les actifs déjà détenus par ailleurs.
Pour loger ces placements dans la holding, deux enveloppes principales coexistent.
Le contrat de capitalisation luxembourgeois pour personne morale. Architecture ouverte (ETF, actions vives, obligations, or, parfois cryptos), gestion multidevises, triangle de sécurité luxembourgeois qui protège les actifs même en cas de défaillance de l'assureur. C'est une enveloppe taillée pour des montants importants.
Le compte-titres pour personne morale. Plus souple sur la nature des supports, mais sans avantage fiscal spécifique. Pertinent en complément.
Le choix entre les deux n'est pas binaire. On combine, selon la nature des actifs et le besoin de souplesse.
Étape 3 : organiser une remontée progressive vers le patrimoine privé
En parallèle de la holding, Jérémie va organiser, sur 10 à 15 ans, la remontée progressive d'une partie du capital vers son patrimoine personnel et celui de Camille.
Pourquoi progressive ? Pour lisser la fiscalité (chaque année, on peut absorber une partie en restant dans des tranches gérables) et pour synchroniser cette remontée avec une stratégie de transmission qui s'étale, elle aussi, sur 20 ans.
Le véhicule central, à 41 ans, c'est l'assurance-vie.
Pourquoi le Luxembourg plutôt que la France
Pour des contrats de plusieurs centaines de milliers d'euros (et a fortiori plusieurs millions), la différence est nette.
L'assurance-vie luxembourgeoise offre une architecture d'investissement très ouverte. Tu peux y loger une vraie allocation diversifiée, pas seulement une liste de fonds maison. Pour quelqu'un comme Jérémie qui a vu de l'intérieur ce qu'est une boîte qui pivote ou qui crée de la valeur dans un secteur émergent, c'est important : il veut comprendre où va son argent.
Elle permet la gestion multidevises. Si la famille voyage, si l'un des enfants part étudier à l'étranger dans 10 ans, si Jérémie monte un nouveau projet hors France, le patrimoine peut suivre.
Elle bénéficie du triangle de sécurité luxembourgeois : les actifs sont déposés chez une banque dépositaire distincte de l'assureur, et bénéficient d'un super-privilège juridique en cas de défaut. Niveau de protection supérieur à celui du droit français.
Elle ouvre l'accès au crédit lombard dans de bonnes conditions, j'y reviens plus bas.
Fiscalement, en tant que résident fiscal français, c'est la fiscalité française qui s'applique sur les rachats et la transmission. Pas de gain fiscal direct par rapport à un contrat français. Mais pas de pénalité non plus. Le différenciateur est ailleurs : qualité de l'architecture, protection juridique, options de gestion.
Le levier de transmission de l'assurance-vie avant 70 ans
Jérémie et Camille ont 41 et 39 ans. Tous les versements qu'ils feront sur leurs contrats avant leurs 70 ans bénéficieront du régime de transmission le plus avantageux.
Concrètement : chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 € en franchise totale de droits, par parent assuré. Au-delà, prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %.
En succession classique sans assurance-vie, l'abattement parent-enfant est de 100 000 € par parent et par enfant. Au-delà, barème progressif en ligne directe qui peut grimper jusqu'à 45 %.
Avec trois enfants et deux parents, ça donne une mécanique très favorable.
Une projection illustrative pour la famille de Jérémie :
| Contrat | Capital transmissible par enfant | Total famille |
|---|---|---|
| Contrat de Jérémie (3 bénéficiaires) | 700 000 € | 2 100 000 € |
| Contrat de Camille (3 bénéficiaires) | 700 000 € | 2 100 000 € |
| Total transmissible avec fiscalité allégée | 4 200 000 € |
4,2 millions transmissibles dans un cadre fiscalement optimisé, en se contentant de respecter les seuils et en rédigeant proprement les clauses bénéficiaires.
C'est massif. Et c'est précisément le genre de levier que l'âge de Jérémie lui permet d'activer. À 41 ans, il a presque 30 ans devant lui avant la bascule des 70 ans. Donc il peut alimenter ses contrats sereinement, sur un rythme adapté à la remontée progressive du capital depuis la holding.
À 60 ans, on a déjà perdu une décennie d'optimisation. À 41 ans, on construit.
Trois points qui font la différence sur cette stratégie :
La rédaction des clauses bénéficiaires. C'est là que se cassent les patrimoines bien construits. Une clause type "mes enfants vivants ou représentés, à défaut mes héritiers" peut tuer toute la stratégie face à un divorce, une transmission anticipée à un petit-enfant, ou une situation particulière sur un enfant. À 4,2 millions de capacité transmissible, les clauses se rédigent sur mesure, en lien avec le notaire et le conseiller.
Le démembrement de la clause bénéficiaire. Technique sous-utilisée : on donne l'usufruit du contrat au conjoint survivant et la nue-propriété aux enfants. Le conjoint conserve l'usage et les revenus, les enfants reçoivent la nue-propriété. Au décès du conjoint usufruitier, les enfants récupèrent la pleine propriété sans nouveau droit de succession à payer. Sur des montants comme ceux-là, l'effet est significatif.
Le régime matrimonial. Jérémie et Camille sont sous séparation de biens, ce qui est très fréquent chez les entrepreneurs (le régime a été choisi pour protéger Camille du risque entrepreneurial pendant la vie de la société). Conséquence : le produit de cession entre dans le patrimoine propre de Jérémie, pas dans une masse commune. Ça change deux choses. D'une part, Camille ne dispose pas mécaniquement de capitaux à placer sur son propre contrat, donc on perd, si on ne fait rien, la moitié de la capacité transmissible vue dans le tableau ci-dessus. D'autre part, en cas de décès prématuré de Jérémie, Camille hérite mais sans le filet d'une communauté. Deux outils corrigent ça : la donation entre époux (donation au dernier vivant) pour renforcer les droits du conjoint survivant, et des donations de Jérémie vers Camille pour qu'elle dispose de ses propres capitaux à placer. C'est typiquement le genre de point qu'on travaille en amont, avec le notaire, avant d'alimenter les contrats d'assurance-vie.
Étape 4 : amorcer dès maintenant le cycle des donations
À 41 ans avec trois enfants jeunes, Jérémie a un levier exceptionnel que personne ne lui activera s'il ne le demande pas : le renouvellement des abattements de donation tous les 15 ans.
Le principe. Chaque parent peut donner à chaque enfant 100 000 € en franchise totale de droits, tous les 15 ans. À 41 ans, Jérémie peut activer ce levier maintenant, puis le réactiver à 56 ans, puis à 71 ans. Trois cycles complets par parent. Sur le couple, six cycles d'abattements de 100 000 € activés.
| Abattement parent-enfant | Par parent | Par cycle (couple) | Sur 3 cycles (45 ans) |
|---|---|---|---|
| Abattement classique de 100 000 € | 100 000 € | 200 000 € | 600 000 € |
| Total par enfant | 200 000 € | 600 000 € | |
| Total famille (3 enfants) | 600 000 € | 1 800 000 € |
1,8 million d'euros transmissibles en franchise totale de droits sur ce seul levier, simplement en respectant le calendrier.
À ce levier de base s'ajoutent deux outils complémentaires souvent oubliés.
Le don familial de somme d'argent (dit "don Sarkozy")
Article 790 G du Code général des impôts. Exonération supplémentaire de 31 865 € par parent et par enfant, tous les 15 ans, sous deux conditions : donateur de moins de 80 ans, et donataire majeur ou émancipé.
Pour Jérémie aujourd'hui, ce levier n'est pas activable immédiatement (ses trois enfants ont 5, 8 et 11 ans). Mais il deviendra activable :
- Pour Lou : à partir de ses 18 ans, soit dans 7 ans
- Pour Noé : dans 10 ans
- Pour Augustin : dans 13 ans
À chaque majorité, le don Sarkozy se cumule avec l'abattement classique de 100 000 € sur le même cycle de 15 ans. Soit 131 865 € par parent et par enfant en franchise totale. Sur le couple, 263 730 € transmissibles à chaque enfant à sa majorité, sans un euro de droits.
Ce n'est pas un détail. C'est précisément le genre de fenêtre qu'on rate quand on n'a pas de calendrier de transmission piloté sur la durée.
Le présent d'usage : le levier discret du quotidien
Beaucoup moins connu, et pourtant très utile pour un patrimoine comme celui de Jérémie. Le présent d'usage est un cadeau remis à l'occasion d'un événement (anniversaire, fête, réussite scolaire, mariage, naissance) et il échappe totalement à la fiscalité des donations. Pas d'abattement à consommer, pas de déclaration, pas de droits à payer.
La jurisprudence et la doctrine fiscale encadrent ça par deux critères de proportionnalité :
- Le présent doit rester inférieur à 2,5 % du revenu annuel du donateur
- Et inférieur à environ 2 % de son patrimoine
Sur un patrimoine de 10 millions, le second plafond donne autour de 200 000 € par an, par donateur. Sur le couple, 400 000 € par an qui peuvent être transférés vers les enfants sans aucun frottement fiscal, à l'occasion d'événements familiaux.
Évidemment, ça ne s'utilise pas tous les jours et il ne faut pas dénaturer l'outil (sinon il est requalifié en donation déguisée par l'administration). Mais bien utilisé, avec un événement réel et un montant proportionné, c'est un complément discret et puissant aux abattements classiques.
Faire travailler les sommes données, pas les remettre cash
Donner, c'est bien. Mais à 5, 8 ou 11 ans, on ne met pas des centaines de milliers d'euros entre les mains des enfants. On combine la donation avec trois outils :
Le démembrement. On donne la nue-propriété, on conserve l'usufruit. Les parents continuent à percevoir les revenus pendant 20 à 30 ans, les enfants reçoivent la pleine propriété au décès du dernier parent sans droits supplémentaires.
L'assurance-vie au nom de l'enfant, alimentée par les donations. Avec un pacte adjoint, qui permet d'encadrer ce que l'enfant peut faire des fonds avant un certain âge (typiquement 25 ou 30 ans).
La société civile dans certains cas, pour conserver une gouvernance familiale sur les actifs transmis et apprendre progressivement aux enfants à les piloter.
Ce n'est pas un schéma pour "faire de l'optimisation fiscale". C'est un schéma pour transmettre proprement, par paliers, en évitant de se réveiller à 65 ans avec un patrimoine devenu trop gros pour être transmis sans casse.
Étape 5 : utiliser le crédit lombard comme outil de liberté
Une fois l'allocation construite et la transmission amorcée, reste une question pratique : comment financer les projets ponctuels (achat d'une résidence secondaire, accompagnement d'un futur projet entrepreneurial, opportunité d'investissement) sans vendre les actifs et déclencher de la fiscalité sur les plus-values latentes ?
Réponse : le crédit lombard.
Principe. Tu nantis une partie de ton portefeuille financier auprès d'un établissement bancaire. En contrepartie, la banque t'ouvre une ligne de crédit, généralement entre 30 et 70 % de la valeur nantie selon la composition du portefeuille (plus le portefeuille est actions volatiles, plus le ratio est bas).
Tu tires sur cette ligne quand tu veux, tu rembourses quand tu veux. Pendant ce temps, tes actifs continuent à capitaliser.
Pour Jérémie concrètement :
Il nantit 3 millions d'euros sur son contrat luxembourgeois. La banque lui ouvre une ligne lombard de 1,5 million. Il tire 600 000 € pour acheter une résidence secondaire en cash plutôt que de vendre des actifs et de cristalliser sa fiscalité sur les plus-values.
Effet double. Il évite le frottement fiscal. Ses 3 millions restent investis et continuent à générer de la performance, qui en moyenne sur le long terme couvre largement les intérêts du crédit lombard.
Mais attention au piège.
Si les marchés baissent fortement, la valeur du portefeuille nanti baisse. Si elle passe sous un certain seuil de couverture, la banque déclenche un appel de marge : tu dois reconstituer la garantie, soit en remboursant une partie du crédit, soit en apportant d'autres actifs.
Le pire scénario, c'est de devoir vendre des actifs en pleine baisse pour rembourser. C'est exactement l'inverse de ce qu'on cherche.
Donc le crédit lombard ne se dimensionne pas sur "ce que la banque accepte de prêter". Il se dimensionne sur ce que tu peux emprunter sans danger dans le pire scénario raisonnable. C'est rarement 70 %. C'est plus souvent 20 à 30 % de la valeur nantie, calibré pour tenir une baisse de marché de -40 à -50 % sans appel de marge.
À 41 ans avec un horizon de 30 ans, le lombard est un outil puissant. À condition de ne jamais oublier qu'une ligne de crédit n'est pas un revenu : c'est une promesse qu'il faudra rembourser.
Étape 6 : la question de la mobilité internationale
Pour quelqu'un comme Jérémie, qui a piloté une boîte technique dans un secteur globalisé, la mobilité internationale est rarement neutre.
Il faut distinguer trois sujets souvent confondus.
La mobilité de la personne. Jérémie et Camille envisagent-ils de partir vivre à l'étranger, même temporairement ? Une expatriation au Portugal, en Espagne, en Suisse, ou même un retour aux études d'un enfant aux États-Unis dans 10 ans. Chacun de ces scénarios change la fiscalité : exit tax sur les plus-values latentes au-delà de certains seuils, traitement civil de l'assurance-vie selon la loi applicable, droits de succession différents selon le pays de résidence au décès.
La mobilité des capitaux. Loger une partie du patrimoine au Luxembourg tout en restant résident fiscal français, c'est parfaitement légal et même recommandé sur des montants importants, à condition de respecter les obligations déclaratives (formulaire 3916 notamment). C'est ce que permet l'assurance-vie luxembourgeoise. Pas un schéma offshore, une diversification du risque juridique et bancaire.
La mobilité de la holding. Si Jérémie s'installe à l'étranger tout en conservant sa holding française, attention au risque de transfert de la direction effective. L'administration peut considérer que la société est en réalité dirigée depuis le pays de résidence du dirigeant, avec des conséquences fiscales lourdes (établissement stable, impôt à l'étranger, double imposition).
L'idée n'est pas de planifier une expatriation. C'est de ne pas se retrouver coincé par une structuration qui aurait supposé une vie 100 % française sans alternative.
À 41 ans, on construit du long terme. Les options de mobilité doivent être préservées, même si on ne les active jamais.
Combien rapportent 10 millions d'euros placés ?
C'est la question qui revient toujours, et la réponse mérite d'être nuancée.
| Profil | Performance annuelle indicative | Revenu théorique annuel | Mensuel équivalent |
|---|---|---|---|
| Prudent | 3 à 4 % | 300 000 à 400 000 € | 25 000 à 33 000 € |
| Équilibré | 5 à 6 % | 500 000 à 600 000 € | 41 000 à 50 000 € |
| Dynamique | 7 à 8 % | 700 000 à 800 000 € | 58 000 à 66 000 € |
Ces chiffres sont des moyennes long terme, pas des rentes mécaniques.
Une année tu fais +18 %. L'année suivante tu fais -12 %. Sur la moyenne, tu es à 3 %. Sauf que si tu as retiré 600 000 € chaque année sans réfléchir au timing, tu as ponctionné ton portefeuille au pire moment.
À 41 ans, la vraie question n'est pas combien ça rapporte. C'est :
- Quelle part de la performance est consommée chaque année ?
- Quelle part reste réinvestie pour faire jouer les intérêts composés ?
- Quelle part nourrit la stratégie de transmission ?
Sur 30 ans, la différence entre un retrait moyen de 3 % et de 5 % du capital, avec réinvestissement du reste, c'est l'écart entre transmettre 15 millions et 28 millions à 71 ans. Sur le même portefeuille de départ.
C'est ça, la vraie valeur du conseil. Pas la sélection des produits. La discipline d'allocation dans la durée.
À qui confier 10 millions d'euros ?
Reste la question la plus inconfortable. À qui parler ? Quel modèle choisir ? Pourquoi pas la banque privée de ton ancienne banque d'entreprise, qui te connaît déjà ?
Trois grands modèles cohabitent à ce niveau de patrimoine.
La banque privée
Ticket d'entrée souvent à partir de 250 000 à 500 000 €. Marque rassurante, équipe nombreuse, plaquettes léchées.
Le problème de fond, c'est l'alignement des intérêts. Une banque privée vit des frais qu'elle facture sur les produits qu'elle vend. Les conseillers ont des objectifs commerciaux. Les solutions proposées sont, presque toujours, des produits maison ou des produits partenaires qui rétrocèdent à la banque.
Le conseil paraît gratuit (pas d'honoraires facturés). Il est en réalité payé par des frais embarqués, souvent parmi les plus chers du marché.
Sur 10 millions, un écart de frais de 1 % par an avec un cabinet sans lien exclusif représente 100 000 € par an. Sur 30 ans, sans même compter l'effet boule de neige sur la performance, c'est 3 millions d'euros qui ne te reviennent jamais. À partager entre la banque, les distributeurs, et personne qui te facture explicitement quoi que ce soit.
Le family office
Le single family office (équipe dédiée à une seule famille en interne) suppose plusieurs dizaines de millions de patrimoine pour absorber les coûts. Pas la cible de Jérémie aujourd'hui.
Le multi-family office mutualise une équipe entre plusieurs familles. Ticket d'entrée souvent autour de 5 à 10 millions. La qualité varie énormément. Certains sont d'excellents architectes patrimoniaux. D'autres sont des banques privées déguisées qui ont juste un autre nom sur la plaquette.
Le cabinet de conseil en gestion de patrimoine
C'est le modèle vers lequel j'oriente les profils comme Jérémie, pour deux raisons concrètes.
La liberté capitalistique. Pas de maison-mère qui dicte la gamme. Aucun lien exclusif avec un assureur ou un distributeur. La sélection se fait parmi un large panel de partenaires, en fonction de l'intérêt du client. C'est sur ce point que ton conseiller doit être capable de te montrer concrètement comment il travaille : quels partenaires, quelle gamme, sur quels critères.
La transparence du mode de rémunération. Sur ce point, je préfère être direct, parce que c'est là que les promesses marketing s'effondrent souvent.
Deux modèles existent côté CGP.
Le modèle 100 % honoraires. Tu paies le conseil. Tu paies la mise en place. Tu paies le suivi. Aucune commission n'est touchée sur les produits. C'est l'option la plus transparente et souvent la plus pertinente pour des structures complexes avec coordination juridique (holding, Dutreil, démembrement, international).
Le modèle hybride honoraires + commissions transparentes. Une partie de la rémunération vient d'honoraires de conseil. L'autre vient de commissions sur les supports, intégralement déclarées et chiffrées au client en amont. Ce qui change tout par rapport à une banque privée, c'est que les commissions sont équivalentes quels que soient les supports retenus dans le panel. Donc aucun intérêt à pousser tel ou tel produit. Et le client voit exactement ce qu'il paye, à qui, et pourquoi.
Sur un patrimoine de 10 millions, je propose toujours le choix entre les deux modèles. Le 100 % honoraires fait souvent sens pour les structures complexes. Le modèle hybride peut être plus fluide quand l'allocation est plus standardisée et que la complexité est ailleurs.
Le critère décisif n'est pas le modèle. C'est la transparence. Si on ne te dit pas exactement combien tu payes, à qui, et pourquoi, tu n'as pas un conseiller. Tu as un commercial avec un meilleur titre.
Questions fréquentes
Combien rapportent 10 millions d'euros bien placés ? Sur un profil équilibré, une allocation diversifiée génère entre 5 et 6 % de performance annuelle moyenne sur le long terme, soit 500 000 à 600 000 € par an. À 41 ans, l'objectif n'est pas de consommer cette performance mais de la réinvestir pour maximiser la transmission sur 30 ans.
Faut-il sortir l'argent de sa holding après une cession ? Non, pas immédiatement. Sortir 10 millions en dividendes déclenche une fiscalité de 30 à 34 % minimum. La holding patrimoniale permet de faire travailler le capital à l'IS et d'organiser une remontée progressive vers le patrimoine personnel sur 10 à 15 ans, en lissant la fiscalité année par année.
Quelle différence entre une banque privée et un CGP pour placer une cession d'entreprise ? Une banque privée propose ses produits maison avec des frais embarqués souvent supérieurs à 1,5 % par an. Sur 10 millions sur 30 ans, cet écart représente plusieurs millions d'euros de manque à gagner. Un CGP sans lien exclusif sélectionne parmi un panel ouvert de partenaires et facture de manière transparente.
Assurance-vie française ou luxembourgeoise pour un cédant ? Au-delà de 500 000 €, l'assurance-vie luxembourgeoise offre une architecture d'investissement plus ouverte, une protection juridique supérieure via le triangle de sécurité luxembourgeois, et une gestion multidevises. La fiscalité reste française pour un résident fiscal en France.
À quel âge commencer les donations à ses enfants après une cession ? Le plus tôt possible. À 41 ans avec trois enfants, on peut activer trois cycles complets d'abattements de 100 000 € par parent et par enfant sur 45 ans, soit 1,8 million transmissible en franchise totale de droits. Chaque année perdue est un cycle d'abattement qui se rétrécit.
Ma méthode quand un client me contacte dans ta situation
Pour les cédants comme Jérémie, je travaille en quatre temps.
Audit complet de la situation, avant toute proposition. Cartographie de la holding, des actifs personnels, des régimes matrimoniaux, des donations déjà réalisées, des objectifs personnels et familiaux. Sans cette cartographie, toute proposition serait du bricolage déguisé.
Stratégie globale construite en équipe. Je travaille systématiquement avec ton expert-comptable, ton notaire, et un avocat fiscaliste si besoin. Pas en parallèle. Ensemble. C'est la coordination qui crée la valeur sur les patrimoines complexes. Un notaire seul ne pense pas allocation. Un CGP seul ne pense pas rédaction d'acte. Un expert-comptable seul ne pense pas clause bénéficiaire.
Mise en place échelonnée sur 12 à 24 mois. On ne déplace pas 10 millions en trois mois. On structure dans le temps, en pilotant les fenêtres fiscales, en lissant les arbitrages, en construisant la transmission par paliers.
Suivi continu et adaptation. Un patrimoine de cette taille n'est jamais "fait". Il se pilote. Revue annuelle minimum, points trimestriels, et disponibilité réelle quand un événement de vie ou un mouvement de marché impose une décision rapide.
Je construis avec toi. Pas pour toi. Tu comprends chaque décision, tu la valides, tu la contrôles. C'est ta seule garantie que la stratégie tiendra dans 5, 10, 20 ans, même si on ne se voit que deux fois par an.
La vraie question à te poser maintenant
Trois options s'offrent à toi avec ces 10 millions.
Les laisser dormir dans ta holding ou sur tes comptes. C'est, statistiquement, le choix le plus coûteux. L'inflation grignote, les opportunités passent, et chaque année qui s'écoule sans transmission anticipée renchérit la facture future.
Tout confier à la banque privée recommandée par ton réseau. C'est facile. C'est aussi, presque toujours, le plus cher à long terme. Pas parce que les conseillers sont mauvais. Parce que le modèle est mal aligné avec tes intérêts.
Construire une stratégie globale, sur mesure. Plus de travail au départ. C'est ce qui fait que dans 20 ans, tu pourras regarder ton patrimoine et te dire qu'il a fait exactement ce pour quoi tu l'avais imaginé : te garder libre, financer tes prochains projets, protéger Camille et les enfants, et se transmettre sans casse.
À 41 ans, tu as un avantage que la plupart des cédants n'ont pas : le temps. C'est précisément pour ça qu'il faut commencer maintenant.
Si tu te reconnais dans la situation de Jérémie et que tu veux échanger sur ta propre configuration, le premier rendez-vous est offert. 45 minutes en visio, sans engagement, pour poser les bonnes questions avant de prendre la moindre décision.
Robin Vervent
CGP · CIF, Ataraxia Invest


